Interview Théophile

Meow !


Le 4 octobre 2019, Théophile sort son premier EP.
Avec sa musique pop aux nuances electro, ce jeune auteur-compositeur-interprète place les mots au coeur de sa démarche artistique.
En gras, en gros dans ses vidéoclips, ils sont le fruits d'une démarche de composition semi-consciente.


Dans cet entretien passionnant, THEOPHILE nous parle de ses mots qui disent ces autres qui nous touchent par leur vérité ou leur histoire, les mots créent du lien, les mots qui donnent à voir un peu de lumière au bout des tunnels.


Et il nous parle aussi de potée de légumes et de l'odeur du bitume après la pluie... Oui, oui! Comme quoi, parler écriture avec des esprits poètes mène toujours sur des chemins inattendus.

NB: aucune substance illicite n'a été consommée durant cet interview, parole de Chat à Plume !
 

Théophile viendra défendre son trait de plume et son univers pop electro  en finale du  prix George Moustaki le 20/02/2020

Théophile / auteur-compositeur-interprète

Chat à Plume : Théophile, tu fais partie des finalistes du Prix Georges Moustaki. Pourquoi as-tu choisi de concourir, et quels textes as-tu présenté pour participer.

THEOPHILE : A vrai dire, le Prix Georges Moustaki, je ne connais pas depuis longtemps :  c’est mon label Rising Bird qui me l’a fait découvrir. Ça m’a de suite intéressé car ç’est un tremplin qui valorise la chanson française à texte, et c’est ce que j’essaye de faire.
les 2 titres que j’ai choisi de jouer dans le cadre du Prix, sont Oiseau et Pars qui sont 2 titres de mon EP.

Tout simplement parce que Oiseau est un texte qui me tient énormément à cœur -destiné à mon frère- en guitare voix ; et Pars, parce que c’est un texte très différent, beaucoup plus imagé, beaucoup plus métaphorique. Ainsi les 2 titres sont très complémentaires.

CàP : Parmi les autres candidats finalistes, et par-delà les affinités éventuelles, y’en-a-t-il un ou une dont tu admires particulièrement l’écriture. Pourquoi ?

T : J’aime beaucoup ce qu’écrit Matéo LANGLOIS, et j’ai beaucoup aimé aussi FRANCOEUR. Matéo LANGLOIS parce qu’il me fait penser aux influences que j’ai, des paroliers type HFT, Bashung, Noir Désir.

Et FRANCOEUR parce que son écriture et son interprétation, ça crée une sorte d’harmonie. Je ne pourrais pas te dire dans l’écriture précisément ce qui m’a plu, mais en tout cas, quand je l’ai vue, quand je l’ai écoutée avec sa harpe en vidéo, il y a quelque chose qui se dégage de très poétique.

 

CàP : Dans Face cachée, tu te compares à un poète maudit. Te reconnais-tu dans cette parenté ?

T : Au moment où j’ai écrit la chanson je pense que je m’identifiais à ce type de personnage mais aujourd’hui plus du tout. C’est une référence mais c’est vraiment une image, non ce n’est pas moi aujourd’hui, je ne me sens pas du tout poète maudit.

 

CàP : Quels sont les auteurs – toutes littérature confondue- qui t’inspirent et te nourrissent ?

T : Ce qui m’inspire c’est la poésie mais liée à la musique, donc plutôt des paroliers, ou des chanteurs. Ceux que je citais tout à l’heure comme Thiéfaine, Alain Bashung, Noir Désir, ou encore Léo Ferré.

 

CàP : Y-a-t-il un texte écrit par quelqu’un d’autre dont tu aurais aimé être l’auteur et pourquoi ?


T : Oui, Saïd et Mohamed de Francis Cabrel. Le thème me touche beaucoup. C’est une chanson qui a été écrite en 1983 je crois, le thème est très actuel, il est intemporel ; et la façon de l’amener est très poétique et très belle.

CàP : Parmi tes textes, y’en a-t-il un pour lequel tu as une affection particulière ?

T : Je dirais Oiseau, c’est un texte que j’ai écrit pour mon petit frère et je l’ai écrit très rapidement, comme une fulgurance. A chaque fois que je le chante, c’est celui qui me procure le plus d’émotion.
Dans ce texte je parle de mon frère mais je parle aussi de beaucoup d’autres gens. Beaucoup de personnes sont paumées dans leur vie parce qu’ils n’ont pas trouvé ce qu’ils aimaient.
Ils sont plein de rêves, plein d’envies mais bloqués par ce que la société peut imposer aujourd’hui. La vie qu’on a tous ne correspond bien sûr pas à tout le monde et ne prône pas  ces chemins de traverse qu’on pourrait emprunter. Pour moi ces gens sont des oiseaux, parce qu’un oiseau inspire la liberté, le vol, le rêve.. mais parfois ils chutent en plein vol d’idéaux. Parce qu'ils ne sont pas dans les "codes". Ce que je mets derrière l’entrave par ces mots « les hautes enseignes », c’est tout ce qui est gros, tout ce qui a du poids.

Ça peut être beaucoup de choses : des grosses entreprises comme des dirigeants, comme des politiques, comme des médias. En fait ces gens qui enfoncent un peu le clou des codes, chaque jour. J’imaginais une grosse enseigne, une grosse enseigne de marque. Tu sais la pollution visuelle, le marketing qui te force à regarder quelque part.

 

Oiseau, enregistré en condition live, dans le hall de la salle 'La Vapeur' en novembre 2018.

CàP : Dans plusieurs de tes clips, les mots apparaissent en gros et en gras, on voit que tu souhaites leur donner du poids. Alors dis-moi pour toi qu’est-ce qu’un mot ?

T : Pour moi un mot c’est l’expression d’une pensée, et qui peut être sujet à plusieurs interprétations, et avoir un poids complètement différent en fonction de comment on l’utilise. Selon le contexte, ou encore la phrase.

CàP : Quelle est la place des mots dans ta musique et ta démarche artistique ?

T : Elle est centrale au final dans mon projet. Car mon but est d’exprimer ce que je ressens par des mots, par des phrases, de la poésie, et la musique derrière elle sert à apporter une substance au texte. A soutenir l’émotion que j’essaye de faire passer par les mots.

 

CàP : Qu’est-ce que ça change d’écrire pour soi ou d’écrire pour un public ?

T : Quand j’ai commencé à écrire j’avais 12 ans, j’écrivais pour moi. Pour la page blanche d’abord. Puis ensuite j’ai lié le texte et la musique et je ne les ai plus jamais dissociés. C’est un peu plus tard seulement que j’ai commencé à écrire pour un publique. Aujourd'hui, quand j’écris une chanson, j’écris toujours pour moi pour raconter ce que je ressens ; Mais j’essaye d’écrire un texte un peu large où chacun peut se retrouver. Je raconte mon histoire mais je laisse la possibilité aux gens qui écoutent d’avoir leur propre version à travers ce texte-là. J'écris quand même plus par rapport à l’histoire d’autres personnes qui me touchent que sur moi -même. J’espère faire passer un message plus positif sur des histoires plutôt sombres. A cet égard, je n’écris pas pour que pour moi mais également pour les autres...

CàP : A ce propos as-tu déjà été surpris de la manière dont un de tes textes a été reçu par le public ?

T : Sur le titre Pars, par exemple,  je faisais allusion à une période un peu sombre où j’allais mal. Et, comme je le dis dans la chanson, il vaut mieux « s’aimer par la tendresse que par l’ivresse ». C'était une période où j’étais un peu perdu, et donc on se perd un peu dans les excès. Et il faut sortir de ce cercle vicieux. Donc dans la chanson je personnifie ce mal quand je dis « Pars et ne reviens jamais ». Je ne m’adresse pas à une vraie personne. Mais certains ont vu ça pour un couple, d’autres qui voit ça comme quelqu’un qui serait parti un jour de chez lui parce qu’il n’en pouvait plus et n’ai jamais revenu comme je dis dans le refrain… donc au final il y a eu plein d’interprétations différentes. C’était hyper intéressant.

Pars - Clip Officiel. Extrait du premier EP de THEOPHILE sorti le 4 octobre 2019

CàP : Dans beaucoup des textes de ton EP justement on retrouve en filigrane la thématique de la liberté. Y’-a-t-il un autre mot-valise qui pourrait t’inspirer pour un EP entier ?


T : C’est sûr que pour moi la liberté c’est une notion primordiale, parce que j’ai toujours eu besoin de me sentir libre- c’est surtout par rapport à ce qu’on nous impose qu’il y a ce mot-là qui ressort. Parce qu’on a des chemins bien tracés, on nous propose quelque-chose qui est très fixe, sans nous montrer les chemins transparents qu’il y a à côté et c’est pour ça que ça ressort dans mes textes, même si j’ai écrit tous ces textes sans vraiment y réfléchir. 

Si de manière consciente je devais faire un autre EP sur un seul mot, je dirais la tolérance.

 


CàP : J’ai l’impression, en lisant tes textes, que tu écris pour donner du sens à ce que tu vis. Est-ce que c’est juste une impression ?


T :  Non. Ce n’est pas qu’une impression, je ne l’avais jamais formulé consciemment comme ça, mais tu touches dans le mille. En fait, dans la vie de tous les jours, j’ai toujours beaucoup de mal à réaliser les choses sur le moment. Que ce soit quelque chose de positif ou négatif. Le fait de le coucher sur le papier et d’en faire quelque-chose ça donne du sens et de l’importance, et ça s’imprime en moi, je prends la pesée de ce que je vis.

 


CàP : du coup quand tu es dans une émotion comme ça, cette écriture s’effectue-t-elle dans une sorte d’urgence ?


T : Ça peut être de la fulgurance mais pas de l’urgence. En règle générale, je commence toujours à écrire en même temps que je fais de la musique. Je commence à chantonner au début, et y’a des mots qui sortent, un peu comme un processus d’écriture automatique et au fur et à mesure ça me donne un thème et ça me refait penser à des choses que j’ai vécues, et le texte se construit tout autour.

CàP : C’est presque un processus semi-conscient en fait ?


T : Oui, effectivement et d’ailleurs ça m’arrive souvent quand j’écris mes textes comme ça de sortir un mot dont je ne connais pas le sens ou dont j’ai l’impression de ne pas connaître le sens, sauf qu’en fait lorsque je regarde ensuite la définition, c’est exactement ce que je voulais dire. Sur Pars, par exemple, il y a le mot acariâtre « guérison acariâtre » et potence, dans « potence d’ivresse. »

 


CàP : Quelles sont les limites – choisies ou non - de ton style d’auteur ?


T : Je pense que l’humour ne me correspond pas trop comme ton, à part peut-être une forme d’humour un peu noir. Tout dépend comment c’est amené.
Sinon, ne faire que des chansons qui parlent de moi, ça ne m’intéresserait pas.
Pour les limites non choisies je dirais qu’il y a un truc que d’autres font que j’aime beaucoup et que je ne me sens pas forcément capable de faire, c’est de raconter l’histoire d’un personnage de A à Z avec des détails et que ça rende l’histoire palpable.

CàP : D’ailleurs, parlons un peu de la forme de tes textes. On évoquait tout à l’heure l’importance de la notion de Liberté dans le sens de tes textes. Qu’en est-il de leur forme. Te donnes tu certaines contraintes ?


T : Oui j’essaye en général d’avoir des rimes et de conserver une structure avec couplets, refrains, pont mais s’il y a d’autres textes de chansons qui ne sont pas encore sorties qui sont complètement différents où il n’y a pas de règles de rimes ou de refrain. Parce que parfois j’ai envie de changer. D’explorer des choses que je ne connais pas.

En revanche ce que j’aime bien faire, c’est sur les couplets de raconter des choses plus métaphoriques, construites et imagées, et sur le refrain d’avoir quelque chose d’un petit peu plus simple et qu’on retient pour faire le lien entre les 2, et que le texte soit à la fois écrit, et accessible.
 

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CàP : J’ai envie de faire un petit jeu avec toi : on va faire une mini-interview 5 sens. A savoir que tu vas me décrire ton écriture selon les 5 sens.
Commençons !
Comment décrirais-tu par exemple la saveur de ton écriture ? Ses « ingrédients » de base, ses « épices » ?


T :  Je dirais que c’est un mélange de légumes de plusieurs couleurs. Avec différentes textures. Du croquant. Du un petit peu plus tendre aussi. Le tout mélangé avec un petit peu de crème qui va lier le tout pour que tout se marie bien. Avec une pointe de curcuma. Que ça donne juste un petit peu de goût mais que ça rende le tout jaune et plein d’espoir.

 


CàP : Appétissant ! Passons à l’odorat. Quel serait le parfum de tes mots ?

 

T : Je dirais que c’est l’odeur du bitume quand il vient de pleuvoir. Parce que c’est une odeur que j’adore déjà. C’est comme si la pluie était en fait un flot de tristesse et qu’ensuite la construction humaine – du coup ce bitume- il absorbe, et il en ressort une odeur pour sécher et du coup recommencer un cycle.


CàP : Joli ! L’Ouïe à présent. Si ta musique était une parole, ou un son ?


T :  Ce serait un brouhaha de personnes avec tous les sentiments qui ressortent. C’est-à-dire on entendrait de la colère, quelqu’un qui pleure, quelqu’un qui est heureux, des gens qui parlent, des gens qui rassurent … Voilà c’est ça.


CàP : Le toucher maintenant. Ton écriture tu la vois plus comme une caresse, une griffure, une claque… ou encore une texture ?


T : Je pense que ce serait plus une mais posée sur l’épaule. De compassion.

 


CàP : La vue enfin : à quelle sorte d’image associerais-tu ton écriture ?


T : Une étoile bleu nuit qu'on aperçoit tout juste dans le ciel noir mais qu'on est content de trouver

 


Merci THEOPHILE pour cet échange !

J’en profite pour préciser que vous pourrez retrouver THEOPHILE en concert à Cholet le 30 janvier, puis après le finale du Prix Georges Moustaki le 20 février prochain, le 20/03 en première partie Oxmo Puccino à Lorient à l'Hydrophone et le 10/04 en première partie de Tim Dup à La Roche sur Yon  au Fuzz'yon
 

Pour suivre l'actualité de Théophile, c’est par ici  
Et pour l’écouter c’est   ou  

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